Indian memories 88 (suite)

Publié le par Etienne Roba

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Samedi 19/11/88

Mysore, Mysore qué calor ! Ayant fait peine quelques pas dans les rues envahies d’un monde qui fourmille, la sueur ruisselle déjà de notre front jusqu’à la pointe de nos orteils. Moyennant quelques roupies, le Maharadjah (atchi !) de Mysore autorise aux touristes abondants la visite de son palais pas laid, bien au contraire, mais plus qu’imposant. Il fut construit au début du 20ème siècle. D’immenses salles décorées de peintures somptueuses forment un dédale inextricable. Des mobiliers luxueusement sculptés, des miroirs cyclopéens tout d’or revêtus, des chambres à coucher de satin aux tentures damassées, des salles à manger aux services de porcelaine caraque au couvert d’argent natif, des salons de velours excessifs, des lustres colossaux en cristal de Baccarat reflétant leurs mille facettes, des parquets lustrés avec le plus grand soin, des tapis d’orient façonnés magistralement, des portes de cuivre ou de chêne massif, des couloirs de dalles composées par mainte coloration, des escaliers que le plus petit peton ose à peine effleurer, constituent la richesse extravagante de ce souverain. S’échappant de ce méandre d’opulence, nous traversons les jardins royaux aux multiples gazons fleuris de jacinthes et autres liliacées bordant les sentes abondantes qu’enclôt une muraille monumentale. Franchis l’isthme de ce rempart enfermant une fortune considérable, nous replongeons aussitôt dans le monde des traîne-misère qui, rampant aux portes de ce palace, escomptent sur le bon vouloir des gens aisés. Reposés de cette interminable visite monarchique, nous poursuivons notre gambade vers un autre décor. A quelques kilomètres du centre ville se dresse une colline appelée “Chamundi Hill”. Au sommet est érigé un petit temple dédicacé à Shiva (Chie va  Inka ! Qu’il est con c’ type, eh !). La montée s’est faite en bus mais on en descend à pied par un escalier d’un millier de marches (tiens tiens, encore !) sur trois à quatre kilomètres. En chemin on admire un immense Nandi de granit, taureau dont Shiva se sert de monture. De retour à la ville, quelques pas dans l’immense marché semi-ouvert nous époustoufle quant à la quantité indéchiffrable de fruits et légumes monticulés. De la viande aux poissons étalés, en passant par des fioles, toutes parfumées, aux gadgets plastifiés, les montagnes de ces denrées forment ainsi un paysage de coloris bien variés. Ne regardons pas sous nos pieds les déchets pourrissant rejetés, offrant un repas succulent aux chiens et chats perdus sans collier. De retour à notre chambrée nous zieutons les toits des maisons surplombant la cité et, ô spectacle, une nuée de rapaces plane et tourbillonne par-dessus le marché. En deux temps, trois mouvements, un épervier aux mouvements bien étudiés, décide d’y piquer son nez et d’emporter son dîner. Le crépuscule tombe et on s’écroule comme une bombe, boum…!

Dimanche 20/11/88
Bonne journée en perspective. La visite du zoo logique de Mysore nous fait découvrir une abondance d’animaux en tout genre. Ah bon ! Dense ? Certains d’entre eux, fortement encagés, nous chagrinent quant à l’espace si étroit qu’ils occupent. Si c’est étroit, ce n’est pas large mais six, sept et trois font seize ! Très étroit cette histoire car treize et trois font seize aussi ! Ces..histoires de “seize” ne tiennent pas deux bouts. Cette logique est illogique puisque la logique ment. Regardons un moment le père au quai et son pet roquer contre ce chien pansé  catatonique qui nous dit nos sorts. Jetons un œil également sur les aras qui rient  de nos regards d’anges heureux. Certains visiteurs sautant du coq à l’âne passent daim à lotte en observant prudemment le rhinocéros car un rhino, c’est rosse. Il y a aussi : le lion d’or..es et déjà aux aguets mais au lit on dort, et l’condor passa quand le zèbre rée et que le loup loupe le phoque loufoque qui suffoque ; les zélés faons que croque Odile car c’est Ali qu’a tort puisqu’il se trompe d’ailés faons. Oh dis-le-moi Odile que le tort tue ! Arrêtons-nous maintenant pour observer les enfants, ces mini mômes mains tenant à leurs parents, ces maxi mômes, se cramponnant aux garde-fous, rire et  brancher leur regard vers les serpents qui rôdent aux daims deux ronds et se faufilent dans les rhododendrons pour attiser les cerfs, paons ou les chevaux importés du Japon car avant ils étaient déjà poneys. Après quoi extasions-nous devant le grand-duc chuintant comme ton chat, huant à l’amour de mon chat, si à moi, et trouve ça chouette qu’hulotte prenne son mâle en patience et entre dans  le  nid  rond  d’ailes ;  que  l’effraie  effrayée  ait  frayé un chemin au milieu du batifolage dans les papilionacées des papillons assez nombreux, pour que le mâle y bout, y ôte son bout long et qu’au long cour..bé bec le petit bout fit : “coucou, on aura beaucoup de petits harfangs”. Certains autres encore sont dans leur enclos à quoi tiquent les vers durs vermoulus, mousses, tiques, cafards (na ! Homme !) que l’eau porte et que je crus s’ tasser. L’eusses-tu cru toi-même ? C’est le pire ana logique que je pusse faire mais j’eus du pain (sans rire) sur la planche et j’en reste encore complètement pigeon niais. De  cette  histoire  je  ne  refais  pas  le  tour  tôt   et  me  tais  tard. L’après-midi se déroule au musée où quelques pièces d’art ancien sont vraiment fabuleuses à regarder mais pas toucher. Le soir tombé, nous retournons dans les jardins du Palais car comme chaque week-end, le Maharadjah (atchoum !), qui a du cœur (mais pas l’as), met Palace dans une fantasmagorie lumineuse hallucinante, tout à fait gratuitement offert à tous les visiteurs. Nous rentrons dans notre chambre et là, on décourage un peu car en enroulant un film on remarque qu’il ne se déroulât point. Tant pis! C’est dommage mais on ne lui remettra pas l'appât pareil.

Lundi 21/11/88

On se déborde de ses plumes mais le moral ne se lève pas. On repense à ce foutu appareil et au film raté dont la plupart des photos étaient faites à Halebid et Belur, ces temples d’une splendeur de maître qu’on ne reverra probablement plus. Mais ils restent ancrés dans le fond de notre mémoire. Quelques cartes postales exemplifieront tout de même ce rendez-vous avec Shiva et Parvati. On excursionne à “Somnathpur” aujourd’hui, à une quarantaine de kilomètres à l’est. Un bus nous dépose à une dizaine de kilomètres de l’endroit. Un Indien nous propose de nous y conduire avec sa voiture privée car les bus de correspondance sont vraiment trop bondés et nous n’avons pas envie de se faire arracher les doigts de pied accrochés aux pare-chocs défoncés. Le temple de “Keshala” à Somnathpur ne nous émerveille guère car ressemblant à ceux d’Halebid et Belur, il est en bien plus piteux état. Rentrés au bercail, on décompresse et on pense à ce que sera la journée de demain et on se revoie dans certaines petites situations amusantes telle celle-ci : Habituellement lorsqu’on sortait de notre lodge, ici à Mysore, un lépreux aux quatre membres amputés se fit bien souvent remarquer. Installé sur sa planche à roulettes au milieu de la kyrielle de mendiants, nous voyant arriver, il criait, gesticulait, se démenait afin de nous accrocher. Puis joignant le restant de ses moignons devant son front, nous suppliait de lui verser quelques paisas. Bien connu des habitants du quartier on apprit qu’à moult reprises il se fit soigner à l’hôpital du quartier mais à chaque fois il fugua pour venir mendigoter. Et chaque soir, satisfait de sa petite assiette suffisamment comblée de menues monnaies, il ira boire et s’amuser. Demain nous changerons d’horizon et partirons, vers le sud à 150 kilomètres, dans la haute montagne à “Ootacamundy” à 2.300 mètres d’altitude.

Mardi 22/11/88

Il fait encore tout noir dehors. Il est cinq heures. Nous nous levons et le moral nous suit. On rassemble le barda et on sort tout doucement pour ne pas réveiller le gardien dormant à même le sol dans le couloir. Malgré nos pas discrets ses yeux s’entrouvrent et ses lèvres marmonnent : "Hey, it’s you ! Okay, see you later ! Thank you and good luck !" Dès nos premiers pas dans la rue, nous apercevons une couche de nuages gris accrochés aux toits des maisons encore bien endormies. Seuls, quelques marchands ont un volet à demi ouvert et nous proposent déjà du café ou du thé au lait sucré. Mais le rendez-vous à la gare des bus nous attend. On s’inquiète un peu sur le temps car certains bus sont détrempés. A si heures, confortablement installés dans des fauteuils rembourrés (c’est rare ça !), on démarre, feux allumés sur une route légèrement mouillée. Oh miracle ! Petit à petit le ciel s’éclaircit  et nous offre un soleil resplendissant de tous ses rayons sur une route zigzaguante de couleurs tant à sa flore qu’à sa faune. Après avoir fait une centaine de kilomètres sur une vaste plaine, nous grimpons dans la montagne et contemplons de bien différents horizons. Comme chaque fois qu’un bus prend une route de montagne, le chauffeur fait une halte au bas de celle-ci, à une petite chapelle, y fait une prière, y dépose une fleur ou encore bénit le bus de gestes naturels. Certains versants sont d’énormes plantations de théiers recouvrant des centaines d’hectares d’une régularité linéaire exemplaire. On y voit des femmes pleines de bonté, la manne posée sur la tête, tailler et ramasser le bon thé pour emplir leur couvre-chef débordant de tous côtés. D’autres versants sont d’énormes forêts sauvages où l’animal y est roi. Défense (d’y voir) d’entrer à pied dans ces réserves naturelles bien gardées et reconnues comme faisant partie du patrimoine écologique indien. Nous n’avons pu voir beaucoup de ces animaux mais deux ou trois éléphants nous ont persuadés que les panthères, cerfs, paons, lions sots ou les rats passent mais la chatte touille son chas pitre, et le mou tarde ou encore les loups, phoques et … oui, c’ titi…se cachent, blottis derrière un taillis, apeurés par le vrombissement surnaturel du moteur chambardant leurs ébats journaliers. Qu’ils soient heureux ces animaux ! Anes ”imau” ? Mais est-ce qu’imau existe ? Oui car esquimau traduit ”Inuit” dans ce dit langage qui veut dire ”Homme”. Donc les hommes sont des animaux. C’est inouï tout ça, entendez-vous ? - Oui ? Alors vous avez bien ouï par les vannes ouïes. - Non ? Alors vous avez bien des ennuis dans vos ouïes où le thym pend comme pend thym et attention à l’évanouissement car l’évanoui se ment à lui-même en disant qu’il est mort alité. Moralité : ”?"  Après une cinquantaine de kilomètres de cette raide montagne à la nature bien diversifiée, nous atteignons le but de notre raid et sommes éblouis par la verdure qu’entoure cette petite ville "Ootacamundy ", nommée également Udagamandalam ou encore Uthagamandalam mais plus familièrement appelée "Ooty ". Ooty est t'y restes ! Ooty-toi de là que je m'y mette ! On en reste encore hautement baba de cette montagneuse traversée. Après quelques recherches en tonga et rickshaw, nous trouvons une luxueuse auberge officiellement appelée Y.W.C.A., Youth Woman Corporation Association, et j'y suis admis. Elle se situe à Etinne Road. Tiens tiens ! Amusant non ? Il existe aussi un Y.M.C.A., identiquement le même pour les hommes mais les femmes n'y entrent pas. Machos, va ! Après cette entrefaite, revenons à nos moutons. Dans le ciel, peu d'entre eux sont là, les moutons bien sûr, mais les prairies au gazon anglais acceptent de les unir aux chèvres et autres caprinés. Une minuscule gare tout enherbée fait circuler un petit train à vapeur, tout mignonnement décoré, aux alentours d'un lac à l'onde si transparente qu'elle scintille telle une corbeille d'agates débordante. Et toutes ces forêts d'eucalyptus formant une citadelle de verdure nous font tellement rêver, que nous nous croirions dans un conte de fées. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. La pleine lune montre son nez auréolé et nous allons nous coucher au rez, olé !

Mercredi 23/11/88

Six heures du mat, j'ai des frissons, je claque dedans, j'mets mon caleçon … Nous nous esquivons de notre lit douillet aux couvertures renforcées. Rafraîchis par l'eau glacée humectant le bout du nez, nous nous dirigeons vers la petite gare. Prenons gare de ne pas glisser sur l'herbe blanchie par la rosée, craquant sous nos pieds ! Buvant quelques tasses de café au lait sucré, nous attendons patiemment que ce petit train vaporisateur se mette en place sur sa voie unique et nous descende à 500 mètres plus bas en altitude, à "Connoor" distancée d'Ooty d'une vingtaine de kilomètres. Et il est arrivé sans crier gare ! Tchiiiit … Tchiiiit … Pûûûût ! Une bande d'enfants de six ou sept ans est là aussi et s'enthousiasme à la vue du prestige. De minuscules wagonnets forment ce convoi qu'on voit. Des sièges de lattes en bois verni accueille cette ribambelle de jeunes écoliers allant à  la découverte de la nature dans ces montagnes vertigineuses. Nous partageons leur compartiment et durant l'heure de promenade nous échangeons quelques mots avec l'institutrice sous le regard timide mais complaisant de ses enfants. Mais quelle nature ! De petits rus coulent ci et là et enrichissent cette montagne aux aspects bien différents. Suivant l'enlacement du chemin, de petits hameaux accrochés aux flancs de ces éminences se découvrent d'un voile de brume s'estompant. Les forêts, les prés, les rizières, les étangs, les genêts tout en fleurs, les papillons batifolant rendent cet univers d'une telle beauté que la misère condamnant tant d'Indiens s'éclipse de notre pensée. Une petite heure à Connoor nous permet de déjeuner et nous promener dans les ruelles du marché. La lente remontée est tout aussi pittoresque. L'après-midi, petite visite au jardin botanique où nous errons dans les nombreuses allées, en escalier, nanties d'arbres, venant de tous pays, d'une grandeur majestueuse et rareté à notre égard. Beaucoup d'entre eux sont plus d'une fois centenaire. Les multiples fleurs aux corolles développées et étamines odorantes partagent les pelouses à l'herbe fraîchement coupée que les abeilles dans les papilionacées s'approprient pour folichonner. Une bouteille de rhum agrémente la soirée et réchauffe nos extrémités refroidies par la chute des degrés due au soleil couché et l'altitude surhaussée.

Jeudi 24/11/88

On laisse l'Ooty à l'agréable. Il fait plein soleil comme il se doit mais le pull-over dose la brise et lui permet de ne flageller que le bout de notre nez. Le bus entame une désescalade vigoureuse par une route enlacée de cheveux épinglés où la nature nous narre à sillons sa doyenne vie tout au long de ses falaises mirifiques. Atterris au pied de ces cols au saut monstrueux, nous ôtons le lainage car la température est remontée à 30 degrés environ. Quelques heures de route pour arriver à la ville de "Trichur" (au poker !) à 250 kilomètres au sud-ouest. Un "guest house" nous invite à louer une chambre. Oh ! Que dis-je ? Une suite … au salon de velours et lumières tamisées, à la double salle de bains où murs et sols sont de carrelage revêtu, à la chambre à coucher énorme aux meubles et bibelots multiples, où une porte-fenêtre donnant sur un balcon surplombe les jardins de l'entrée gardée par un militaire armé. Mais nous sommes terrassés par le prix demandé : 50 roupies only ! C'est du jamais vu. Ils sont fous ces indhygiènes. Mais c'est du guest tapant. Je dirais même plus, c'est du guest happant.

Vendredi 25/11/88

Ce guest house est peut-être un hôtel de luxe mais les petits déjeuners laissent à réflexion. Un réfectoire impersonnel, où les serveurs se font attendre, est la salle à manger. Pas de choix pour les repas, on aura ce qu'à prévu la maison. Le plateau arrive sur les mains d'un serveur au complet rouge bordeaux galonné, et se compose comme suit : - une assiette d'une dizaine d'idlis …beuurk ! - deux bananes rôties …bof ! - deux pots de sauce piquante …aie ! - un pot de café noir …chouette ! à moitié froid…merdre ! - deux petits cartons de "Frooti", ce jus d'orange atrocement sucré …miel ! - et l'addition trop salée ! ! ! Trichur est une ville où le touriste blanc ne s'arrête d'habitude pas. Les Indiens ici, qu'ils soient à vélo, à pied, en charrette ou en voiture, se retournent à chaque instant, les yeux écarquillés, la bouche béante, l'air ahuri disons, pour nous observer de la tête aux pieds et sont prêts à emboutir, dans leur étourderie instinctive, un poteau, un arbre, un camion ou une vache errant sur la chaussée. On a très très dur à recevoir un renseignement quelconque, aussi simple soit-il, car la plupart des citadins ne causent pour ainsi dire pas l'anglais et ne savent absolument pas ce qu'il se passe dans leur bonne ville. Pourtant nous savons (noir sur blanc dans notre bible) que régulièrement des spectacles de "Kathakali" (t'as quitté, tic…tac...tic…tac…) s'y déroulent, cette spécificité de danses théâtrales de l'état du "Kérala", où nous sommes. Une académie d'arts, située à "Cheruthuruti" à 30 kilomètres forme des danseurs et acteurs de cette qualification et accepte des visiteurs. Après une bonne heure de bus nous y arrivons, suant de tous côtés, car la chaleur est étouffante, moite et Chandon. Pas de chance, l'école est désertée par les élèves car la soirée d'hier fut consacrée à une nuit de performances et ils sont tous en train de roupiller. Dans un petit coin, juste un élève s'entraîne à gesticuler et grimacer sur des rythmes monotones. Mais on apprend qu'une autre nuit de prouesses se déroulera, probablement demain, par le Kathakali club de Trichur, à Trichur même. Ouf ! On a tout de même une information mais elle est hasardeuse. Retournés à la ville, nous nous baladons un peu au centre et nous nous étonnons. Situé sur une colline dominant la ville, le temple de "Vadakkunnatha", encerclé d'un haut mur d'enceinte, ne nous permet pas de le visiter. Only Hindus ! Mais le parc entourant ce sanctuaire est envahi par des Indiens formant de petits cercles. Les uns assis, les autres debout derrière ces premiers, les regardent. Mais que fabriquent-ils ? Prient-ils ? Implorent-ils avec dévotion une icône quelconque ? Mais non ! Ils espèrent tout simplement gagner quelques roupies en tapant les cartes sur le tapis vert du gazon. Le "Trichur" (au poker !) de l'autre jour n'était qu'une apparente prémonition. D'un autre côté une bande d'éléphants, aux parasols enguirlandés et de nombreux Indiens forment une procession religieuse. Quel dieu honore-t-on ? Et pour quelle circonstance ? Là, ces questions restent sans réponse aucune car essayant d'y répondre, aucun n'y parvient ne connaissant que leur propre langage : le "malayalam". Et toutes ces personnes à qui nous demandons l'adresse où se déroulera cette nuit de Kathakali, ne savent même pas où cela se passera. Ils sont fous ou quoi ? Ils ne connaissent pas leur ville ceux-là ! Ils ne sont pas au courant de ce qui se passe dans leur quartier ! Finalement, il y en a tout de même un, probablement plus averti que les autres, qui a pu nous indiquer cet endroit. Le comble des combles est que cette salle se trouve juste à côté du guest house où nous logeons, les jardins se touchant. Mais là, aucune affiche, aucun renseignement pour cette soirée. Allons savoir s'il s'y passe réellement quelque chose, finalement ! Eh oui ! Il y a des Indiens, des Apaches et les …See you, à demain !

Samedi 26/11/88

Hormis le déjeuner et le dîner, la perspective de la journée est celle de l'horizontalité des formes alitées sous d'énormes pâles d'hélices "ô pays des merveilles une salle si pareille !". Et nous levons nos corps sages de ce liteau tard, vers 20 heures, car le gala nocturne est prêt à débuter.

Dimanche 27/11/88

Hier nous étions hésitants quant à rester ou partir de ce patelin car nous étions dans l'incertitude totale vu les renseignements aléatoires que nous obtînmes, mais cette soirée valut réellement le déplacement. Comme prévu, vers 21 heures, nous nous y rendîmes et nous entrâmes dans une immense salle formant un demi-cercle. Quelques personnes étaient là, aux premiers rangs. Un discours de mise en scène se termina devant cette salle pratiquement vide. Les lumières s'éteignirent et le spectacle commença sur des coups de tambour rallumant celles-ci : des récitations monotones, cadencées par le rythme des timbales introduisent les acteurs, à l'accoutrement carnavalesque grandiose. Leurs robes bouffées autour des hanches tombent jusqu'aux genoux. Les couleurs chatoyantes explosent de tous côtés. Les masques et couvre-chef débordent du maquillage bacchanal multiplié et protubérant. Les colliers, bracelets, bijoux et collerettes enjolivent cette fantasmagorie d'une grande dignité. Les gesticulations précises du corps, jusqu'au plus petit bout du plus petit doigt, et les mimiques faciales suivant les paroles déclamées sont d'une finesse sans pareil. Nous ne comprenions évidemment pas grand chose de cette histoire racontant certaines scènes du "Mahabharata" mais nous nous émerveillions sur le talent qu'ont ces artistes encore si peu connus. Dans la salle, quelques personnes s'ajoutaient petit à petit au nombre restreint de spectateurs. Certains sortaient se dégourdir ou fumer une cigarette puis revenaient. D'autres s'en allaient carrément. D'autres encore s'endormaient ou discutaient à haute voix. Des familles entières, de l'arrière-grand-mère au plus petit bébé de sa progéniture, prenaient le temps de grignoter l'une ou l'autre friandise ou encore sucer une feuille de bétel. Tandis que nous, avec nos yeux de profanes, essayions de suivre scrupuleusement tous les faits et gestes de ces dentelliers de la haute danse théâtrale. C'est à deux heures du matin que nous abandonnâmes cette soirée et regagnâmes nos chenus pénates d'où, après avoir dormi trois ou quatre heures, nous les entendîmes encore chanter, de par cette salle juxtaposée. Ils terminent toujours leur spectacle au soleil levant. Il est six heures et nous sommes prêts, les yeux mi-clos, à prendre le train qui nous conduira à "Ernakulam" à une centaine de kilomètres au sud-sud-ouest sur la côte de "Malabar". Installés à Ernakulam, nous vagabondons dans les ruelles propres et nettes où les vaches sacrées nettoient même leur urée. Nous prenons un petit bateau pour rejoindre "Cochin", ville voisine où nous ne trouvons pas grand mouvement dans les artères citadines car la chrétienté qui prime ici fait du dimanche le jour du Grand Seigneur et la population sieste. Quelques vendeurs de haschich (par mentier) nous font la causette et essaient à tout prix de nous refiler la bonne dose. Le soir nous assistons à une petite séance touristique de Kathakali-dance mais dommage, la vraie nuit que nous pûmes voir il y a quelques heures était sans façon bien meilleure. Cochin et Ernakulam sont des villes très touristiques et ils en profitent un maximum. Good night.

Lundi 28/11/88

Quatre semaines qu'on se mène ! Nous passons une journée dure et éprouvante à Ernakulam car les informations sont très difficiles à recevoir vu que les habitants ne parlent pas plus l'anglais qu'à Trichur d'où nous venons. Ils ne sont nullement au courant des festivités qui pourraient se dérouler. Et pourtant des dieux ils en ont un paquet immensurable qu'ils pourraient les oindre et les saluer plusieurs fois par jour. Après quelques heures de dur labeur, nous sommes confirmés d'un festival (Kathakali, processions d'éléphants, musique classique, etc…) qui se déroulera pendant une semaine dans quelques jours à "Tripunithura" au temple de "Sri Poornathrayeesa Seva Samgham" (10 kilomètres). Cela risque d'être très chouette. Après tout ça, une visite improvisée à un petit temple nous fait vibrer les oreilles au son d'une fanfare jouant librement n'importe quoi n'importe comment pour annoncer une fiesta nocturne dans ce temple très accueillant et bien vivant. Nous sommes tellement fatigués que nous ne pourrons y assister. Demain nous partirons à "Allepey" (et à la meye !) Prononcez "Allepi", c'est plus joli. Il ne faut pas confondre : "J'aime Allepey et "J'ai mal au pis". C'est du pis-aller ça ! Et les vaches sacrées ont des pis à lait, si !

Mardi 29/11/88

Allepey : beau, chaud, les canaux, l'eau, le risotto, les autos-rickshaws mais le petit rhume du degré zéro de là-haut m'arrête ici las. Voilà !

Mercredi 30/11/88

Un mois et toujours pas malade !
Ah la la ! Ces Indiens ne changeront donc point. Nous pensions descendre à Quilon par les canaux à 90 kilomètres au sud. Mais le bateau de jour pour indigènes ne circule plus car il a sombré le sombre héros. Il y en aura un autre à partir du 1er décembre. C'est demain. Nous allons chercher nos tickets et nous remarquons qu'ils sont cinq fois plus chers que le bateau normal car ce dernier est réservé aux touristes venus ici se détendre et flâner le long des rizières et cocotiers. Demain Quilon (prononcez Kouaïlon)! Mais Quilon-nous faire de tout ce temps d'attente inattendu qui nous tente à la détente, étendus ? Entendu par tendres tendues ouïes béates d'une promenade navigatrice vers Kottayam à 15 km de ce port. Superbe petite promenade canautique dans un autobus d'eau s'arrêtant de temps à autre à quelque embarcadère pour débarquer ou embarquer quelques indigènes au milieu des rizières à perte de vue, bordées de maisons de pêcheurs ombragées par les bananiers. Tout est d'une beauté magistrale sous un soleil voilé mais chaudement aéré par la vitesse super lente du barquettier (2 x 15 km = 2 x 2h30').
Tomorrow Quilon. Shalom !

Jeudi 1/12/88

… À SUIVRE …

Publié dans ces-nains-portent-quoi

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